LIRE
Les mots
Peut-être vous arrive-t-il de pressentir quelque chose sans encore parvenir à le mettre en mots.
Peut-être cherchez-vous moins des réponses que des repères.
Ou peut-être aimez-vous simplement ces livres qui ne prétendent pas vous dire quoi penser, mais qui vous accompagnent dans votre propre réflexion.
Certains livres nous informent. D’autres nous transforment discrètement. Non parce qu’ils apportent des certitudes. Mais parce qu’ils nous permettent de regarder autrement ce que nous vivons déjà.
Il arrive qu’après avoir refermé un livre, quelque chose continue à nous accompagner. Une phrase revient. Une situation vécue nous apparaît autrement. Une question que nous ne nous posions pas se met à nous habiter.
Le livre est refermé.
Mais la rencontre continue.
Pourquoi certains chemins commencent-ils par une lecture ?
Parce qu’une lecture peut nous rejoindre là où nous sommes. Elle ne change pas nécessairement ce que nous vivons. Elle peut simplement nous permettre de le regarder autrement. Et parfois, ce nouveau regard suffit pour qu’une possibilité apparaisse. Une possibilité de faire autrement.
De rencontrer autrement. D’avancer autrement.
Marcher sans lutter
Transformer sa force en fluidité
C’est dans cet espace qu’est né Marcher sans lutter. Un roman né de l’expérience de l’aïkido, de la relation et de ce que le tatami peut révéler de notre manière d’avancer dans la vie. Par Patrice Sonnino et Paul Versteven.
Le livre peut être lu comme une histoire. Mais peut-être aussi comme une invitation à regarder autrement ce que nous vivons déjà.
Extrait
Il y avait toujours cette crispation dans le haut du dos. Subtile, mais
persistante. Comme un rappel silencieux. Le costume toujours bien taillé
que Patrice enfilait chaque matin avait fini par devenir une seconde peau.
Une armure. Une posture plus qu’un vêtement.
La cravate. Les chaussures toujours soigneusement cirées la veille au
soir. Le badge d’accès au site, la sacoche contenant l’ordinateur portable
et les dossiers en cours, le téléphone mobile. Tout cela faisait partie du
rituel. Presque rassurant.
Et pourtant, ce matin-là, devant le miroir, quelque chose clochait.
Il avait l’air d’un homme à sa place. Directeur d’usine. Responsabilités
multiples. Respecté. Mais ses yeux, eux, disaient autre chose. Une
fatigue. Un agacement diffus. Une sorte de lassitude que même un café
serré ne parvenait plus à masquer.
Dans l’ascenseur, il croisa de nouveau son reflet. Cette fois, il ne vit pas
un dirigeant, mais un homme qui jouait un rôle depuis trop longtemps.
Et il sentit la pensée naître, claire :
“À quel moment ai-je cessé d’être moi-même ?”
Était-ce ce mal-être apparent qui avait sauté aux yeux de l’inconnu
rencontré plus tôt au restaurant ?
Les mots peuvent ouvrir une porte. Mais ils ne peuvent pas franchir le seuil à notre place.
Il y a des choses que les mots peuvent approcher. Et d’autres que l’on ne découvre qu’en les vivant. La relation. Le mouvement. La présence.
Ce qui se passe lorsque nous sommes réellement avec quelqu’un.
Marcher sans lutter est né de cette rencontre entre les mots et l’expérience.
Ce que le livre raconte, l’aïkido permet aussi de le rencontrer autrement.
Dans le corps.
Dans la relation.
Sur le tatami.
Ces mots peuvent rester des mots.
Ou devenir une expérience.
